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St Sébastien, l'innocence ne suffit pas - 2012

Aluminium, fibre de verre, bois, corde de bondage, agrafes, résine et cuivre

 

 

De Saint Sébastien à Valérie Solanas : Histoire d’une Chute. Quel point commun peut-il y avoir entre Saint-Sébastien, Andy Warhol, Richard Avedon, Valérie Solanas et Arnaud Cohen ? La réponse est une œuvre brisée par une inconnue. Le soir du vernissage de l’exposition Seules les Pierres sont Innocentes (Galerie Talmart – Commissariat Marie Deparis) une femme ose enfin faire part au galeriste de sa démarche artistique jusque-là restée confidentielle et de son désir d’être exposée. Le galeriste lui répond qu’ils pourront peut-être en reparler plus tard. Frustrée d’avoir été éconduite, la jeune femme quitte l’espace de la galerie, mais, geste volontaire ou acte manqué, son pied heurte violemment le socle du Saint-Sébastien (2010) d’Annaud Cohen. L’œuvre, une carlingue d’avion dressée vers le ciel, habillée d’une cordelette rouge de bondage et traversée d’une flèche métallique, tombe à la renverse et se crash littéralement au sol. Son nez est écrasé et ses flancs sont fendus de part en part. À peine gênée de sa maladresse, la jeune femme s’avance vers Cohen et lui dit : « Je suis certaine que ça se répare, je suis artiste aussi ! ». La réponse, le choc et la colère s’entremêlent, Arnaud Cohen ne répond pas mais décide qu’il trouvera le moyen de construire sur ce scénario surréaliste. « J’étais estomaqué, mais comme souvent, et sans savoir encore comment, j’étais bien décidé à construire sur cet évènement négatif. La détresse de cette fille l’avait poussée consciemment ou non à me faire du mal, mais il y avait trop de coïncidences pour que je ne trouve pas le moyen d’en tirer plus de force » Dans les heures qui suivront, il décidera en effet de s’approprier cet acte d’une artiste de l’ombre. Une situation qui dans son esprit résonne avec la tentative d’assassinat de Valérie Solanas à l’encontre d’Andy Warhol. Auteur d’une pièce (Up Your Ass, 1966), elle propose à Warhol de la monter. Une demande qui va rester sans réponse, Warhol allant jusqu’à perdre son manuscrit. Elle va rédiger le texte qui l’a rendue célèbre, le SCUM Manifesto, une violente thèse à charge contre le genre masculin. Humiliée par le silence de Warhol, elle décide de lui tirer dessus à la Factory en 1968. Sur les trois balles tirées, une transperce le poumon de l’artiste américain. Alors que Warhol est en convalescence, Richard Avedon photographie son torse balafré de cicatrices. Un torse comme un champ de guerre qui nous renvoie à la figure de Saint-Sébastien. Arnaud Cohen explique : « Transformer les menaces en opportunités. C’est ce que fait le sculpteur lorsqu’il utilise à son profit la présence d’une imperfection au cœur d’un bloc de marbre, modifiant ainsi le plan de l’œuvre initiale, pour en faire une œuvre plus forte encore. Le plasticien que je suis ne fonctionne pas autrement. » La connexion entre les différents acteurs de l’œuvre-action est établie. Au sein du même espace d’exposition, près du socle initial, est disposé un second socle sur lequel ont été empilés différents exemplaires de l’unique ouvrage rédigé par Valérie Solanas : SCUM Manifesto. Un ouvrage que l’artiste a lui-même commandé dans différents pays et que les visiteurs étaient invités à apporter et à déposer. Ils devaient alors inscrire leurs coordonnées dans l’ouvrage afin que l’artiste puisse le leur retourner après intervention. Les ouvrages faisaient ainsi intégralement partie de l’œuvre-action. En guise d’intervention, il a, sur la page de garde de chaque livre, collé en l’engluant dans de la résine orange, un petits morceau de l’œuvre brisée. « J’ai voulu enchâsser ses morceaux comme des reliques, mais à ma façon, dans de grossiers aplats de résine, un tribute très personnel à la série des otages de Fautrier pour lesquels j’ai depuis l’enfance beaucoup d’admiration. » Une fois retournés à leurs propriétaires, les ouvrages faisaient place à une reproduction de la célèbre photographie de Richard Avedon (tirée d’un exemplaire de la revue Egoïste, n°10, exemplaire faisant partie de la collection personnelle de Cohen depuis sa publication en 1987). La photo, encadrée, est présentée avec l’article qui l’accompagnait sur cette double page du magazine. On en découvre alors le titre : « L’innocence ne suffit pas ». L’exposition à laquelle Cohen participait s’appelait, comme il est dit plus haut, « Seules les pierres sont innocentes ». On comprend alors les mécanismes puissants du destin et de la mémoire qui ont amené Cohen à convoquer cette histoire ancienne pour se l’approprier et l’associer à la sienne propre. Arnaud Cohen a finalement restauré son Saint-Sébastien en suturant grossièrement la plaie à l’aide d’agrafes métalliques laissées visibles afin que la pièce puisse garder la marque de cette (mes)aventure dont il a habilement su tirer profit. Une des fentes sur la sculpture est même conservée dans le but de pouvoir y insérer des petits papiers-suppliques, d’éventuels croyants pouvant ainsi demander l’intercession du saint en leur faveur. Le nez de l’avion est quant à lui recouvert du même onguent orange qui a servi à intervenir sur les livres. Un travail de transformation et de réhabilitation qui s’est achevé par une performance de Sébastien Lambeaux dont la fascination pour les rituels chamaniques a symboliquement œuvré au désenvoûtement de l’œuvre. Le soir du finissage de l’exposition, l’artiste a confronté la sculpture aux fétiches du performeur. La boucle était ainsi bouclée. De la chute vers le chamanisme en passant par Valérie Solanas l’artiste a donné vie à un projet multiréférentiel et collectif. Saint-Sébastien devenu Icare s’est transformé en un puissant totem multiréférentiel où les accidents de l’histoire des arts trouvent leurs places.

Julie Crenn "Arnaud Cohen, Mécanismes de la contestation" in Laura Revue n°14,  octobre 2012 (extrait) 

From Saint Sebastian to Valerie Solanas: Story of a Fall. What could Saint Sebastian, Andy Warhol, Richard Avedon, Valerie Solanas and Arnaud Cohen have in common? The answer is a work broken by a stranger. On the evening of his opening Seules les Pierres sont Innocentes (Only the Stones are Innocent) (Talmart Gallery Commissariat Marie de Paris) a woman dares to let the gallery director know of her artistic activity which until then had remained private and her desire to be exhibited. The gallery director suggested that they could discuss this later. Frustrated at having been turned away, the young woman leaves the gallery space, but either through a voluntary act or by accident her foot knocks violently against the plinth of Saint Sebastian (2010) by Arnaud Cohen. The work, an aeroplane cabin pointing toward the sky, dressed in a red bondage rope and cut through by a metallic arrow, falls over and literally crashes to the ground. Its nose is crushed and its sides are split from end to end. showing no sign of embarrassment for her clumsiness the young lady goes up to Cohen and says to him " I'm sure it is possible to repair it, I am also an artist" The reply, the shock and anger become muddled and Arnaud Cohen does not reply but decides to find a way to construct something from this surrealist scene. " I was gutted, but as it often is, and without yet knowing how, I was determined to to make something out of this negative event. The distress of that girl pushed her consciously or unconsciously to harm me, but there were too many coincidences for me not to find a way to come out stronger". During the hours that followed he decides to appropriate this act played by this unrecognised artist. A situation which in his mind resonated with the assassination attempt by Valerie Solanas on Andy Warhol. Author of a work (Up your Ass 1966) Solanas suggests to Warhol that he should show it. Her request remains unanswered, Warhol goes as far as to lose her manuscript. She then writes the text which will make her famous, the SCUM manifesto, a violent accusatory thesis against the male sex. In 1968 humiliated by Warhol's silence she decides to shoot him at the Factory. Out of the three shots fired one pierces the American artist's lung. While Warhol is convalescing Richard Avedon photographs his scarred torso. A torso like a war zone which returns us to the figure of Saint Sebastian. Arnaud Cohen explains " To transform threats into opportunities, this is what makes a sculptor. When he uses to his advantage the presence of an imperfection at the heart of a bock of marble modifying the initial plan for the work to make an even stronger piece. I am the kind of artist that couldn't work any other way." The connection between the different actors of this action-piece is established. In the middle of the same exhibition, near to the first plinth, a second plinth was placed on which different copies of the unique work by Valerie Solanas were piled: SCUM manifesto. A work which the artist himself ordered from different countries and which visitors were invited to bring with them and place there. They had to write down inside the work their contact address so that the artist could return it after the event. The works became an integral part of the action-piece. By way of taking part, Cohen glued a small part of the broken work onto the front page of each book by drenching it in orange resin. "I wanted to enshrine these bits as if they were relics, but in my own way, in vulgar flat surfaces of resin, a very personal tribute to Fautrier's series of hostages which I have really admired since childhood." Once returned to their owners a reproduction of the famous photograph by Richard Avedon took their place. The photograph was taken from a copy of the revueEgoïste, n°10 which Arnaud Cohen has in is personal collection since its publication in 1987. The framed photograph is presented with the accompanying article on the double page of the magazine. We now discover the title "L'Innocence ne suffit pas" (Innocence is not enough). As written above the title of the exhibition in which Cohen took part was "Seules les pierres sont innocent" (Only the stones are innocent). Here we can see the powerful mechanisms of the destiny of memory which brought Cohen to summon up this old story and so appropriate it and associate it with his own. Finally Arnaud Cohen restored his Saint Sebastian by sewing, clumsily, the wound with the help of metal staples left visible so that the piece could maintain the scares of this (mis)adventure from which he cleverly knew how to benefit. He has kept a breach in the sculpture so that little paper-requests from possible believers may be inserted, enabling them to ask for the intercession of the saint on their behalf. As for the nose of the plane it is covered with the same orange ointment which was used on the books. A work of transformation and of rehabilitation which was finalised by a performance by Sebastian Lambeaux for whom the fascination for shamanic rituals worked symbolically for the removal of the spell from the work. On the final evening of the exhibition the artist confronted the sculpture with the performer's fetiches. The circle was thus closed. From the fall then to shamanism via Valerie Solaonas the artist brought life to a multi referential and collective project. Saint Sebastian became Icarus transformed into a powerful multi-referential totem where accidents from the history of art find their place.

Julie Crenn "Arnaud Cohen, Mechanisms for Questioning" in Laura Revue n°14,  octobre 2012 (extrait) 

 

St Sébastien, l'innocence ne suffit pas - 2012

Aluminum, fiberglass, wood, bondage rope, staples, resin and copper

 

 

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