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Hunting Season - 2016

Bois calciné, néon.

h160cm x 140cm x 100cm

 

L’exposition d’Arnaud Cohen présentée par Kepler Art Conseil du 31 mars au 23 avril 2016, annonce au public l’ouverture de la chasse. Que pourrait-on bien chasser dans un espace commercial dédié à l’art contemporain ? Les œuvres mais quelles œuvres ? Le visuel du carton d’invitation nous offre à la vue une cabane en flamme. Encore un objet banal, une grosse niche, une cabane d’enfant désignée comme œuvre d’art ? Cet abri de fortune(s), semblant de slum baroque, est fait de volets intérieurs du XVIIIe siècle provenant d’un ancien hôtel particulier parisien. Ces restes calcinés de volets anciens préservent un peu de cette patine d’origine. Ils résistent non seulement au temps mais aussi aux détournements de leur usage pratique. Ils nous racontent non seulement leur résurgence en tant que matériel artistique mais aussi leur résistance à perdre leur fonction originelle. Dans l’art les choses ne sont pas toujours ce qu'elles semblent. Dans la cabanne, on distingue par les interstices un Rien en lettres de néon. Tout en l’évoquant, ce Rien n’est pourtant pas la vanité d’Alberola (crâne, 1995). Fait-elle alors écho au néant propositionnel actuel d’une certaine offre artistique à destination d’une demande souvent aussi fortunée qu’inculte et narcissique? Comme souvent, du fait de son intérêt pour l'Histoire et la narration, une autre hypothèse s’ajoute aux deux premières sans forcément les récuser : ce Rien , calligraphié ainsi, est d’abord la reproduction agrandie de ce que Louis XVI inscrivit sur son carnet de chasse le 14 juillet 1789. Alors tout bascule, car par cette adjonction de sens et le collage de ce Rien au sein de cet abri sans porte ni fenêtre fait de volets aristocratiques calcinés, Hunting Season produit une proposition paradoxale : l’œuvre, une vanité mais pas seulement, dénonce peut-être les procédés d’une partie de l’art actuel, mais elle démontre surtout par sa puissance allusive que l’art contemporain peut encore se survivre et témoigner de son temps. «Au-delà des problématiques auxquelles mes pairs et moi-même sommes confrontés et aux tentations du repli sur soi du milieu artistique dans une période tourmentée» (rappelons la censure, la diffamation, le vandalisme dont son exposition rétrospective au Musée de Sens a été l’objet en 2015 et qui nous frappent tous, curateurs et artistes, tour à tour et de façon de plus en plus violente depuis quelques années) «Hunting Season se saisit également des deux grandes problématiques auxquelles est confrontée notre planète depuis l’éclatante victoire de Ronald Reagan sur le communisme il y a bientôt 30 ans : d’abord la situation sociale actuelle où les rentes de situation et le déni sont le pendant d’un ascenseur social bloqué au sous-sol pour des populations entières, qu’elles soient chez nous ou de l’autre côté de la Méditerranée. Ensuite, le destin funeste d’une Terre où les égoïsmes individuels et collectifs, accompagnés d’un illusoire désir de camp retranché, mènent à la destruction suicidaire de notre niche écologique. Hunting Season, c’est ce moment plus ou moins bref où le chasseur ne sait pas encore qu’il est devenu la proie.» Tel est pris qui croyait prendre.

Elisabeth Kepler, curatrice