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La Coutellerie, résidence de l'artiste depuis 2003, est un lieu de recherche et d'expérimentation

Un lieu d'expérimentation

 

L’état de profond délabrement du lieu lors de son acquisition en 2003 a mené progressivement l’artiste à faire de La Coutellerie un lieu d’expérimentation plastique aux frontières de l’architecture, du land art, de la performance et de la vidéo.« Au fil du temps, cette entreprise de réhabilitation si elle n’a pas annihilé l’énergie de l’artiste, a apporté des arguments nouveaux dans sa réflexion au point de donner au lieu une vocation nouvelle : faire partie de l’œuvre elle-même. Aujourd'hui, Arnaud Cohen entreprend un travail avec l'outil vidéo en y associant son usine-atelier. A la manière d'une Cinnecitta à la française, telle partie des bâtiments se voit transformée, peinte à neuf pour devenir le décor d'une scénographie bientôt filmée. Avec cette approche, atelier et œuvre se fondent dans une nouvelle entité qu'il va bien falloir définir, qui modifiera de fait le statut de l'œuvre d'art. L'atelier n'est plus, dans cette nouvelle approche, l'endroit le plus souvent confidentiel dans lequel l'artiste élabore un travail futur qui sera présenté dans un tout autre contexte. L'atelier deviendrait donc partie prenante de l'œuvre, cette dernière n'étant plus un élément disponible pour toute autre présentation. L'in situ d'une œuvre réalisée dans un espace donné mis à la disposition de l'artiste se transforme dans un nouvel in situ, celui désormais indissociable de l'univers de l'artiste : son atelier. » Claude Guibert dans « Arnaud Cohen : Qu’est-ce qu’un atelier ? » (extrait)

 

 

A place for expérimentation

 

Over time, far from draining his energy, this rehabilitation venture brought new directions in his thinking instead, and a new vocation : being part of the artwork itself. Arnaud Cohen has now launched into linking his video work with his factory-studio. Rather like a French-style Cinnecitta, some of the buildings have been transformed, freshly painted to become the backdrop for a scenario which is soon to be shot. In this approach, the studio and the art blend into one new entity which requires definition and will inevitably change the status of the artwork. Thus, the studio is no longer the mostly confidential place where the artist develops a future work that will be shown in a completely different context. The studio becomes an integral part of the art. As a consequence the art is no longer available for any other type of presentation. The in situ nature of the art made in a given space which has been made available to the artist becomes a new in situ type, now inseparable from the artist's world : his studio Claude Guibert in « Arnaud Cohen : What is a studio ? » (excerpt)

 

 

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Historique

 

Moulin à grain et prieuré depuis l'époque romaine (présence de meules de cette époque et de rares pierres sculptées du moyen-âge), il fut racheté en 1838 par les frères Mermilliod pour être converti en coutellerie.Ouvrant l'ère de la coutellerie châtelleraudaise moderne, cette manufacture exemplaire fut le berceau d'inventions capitales, récompensées à l'occasion des grandes expositions universelles de Paris et Londres. Ces trouvailles qui permirent de mécaniser fortement l'industrie et d'utiliser une main d'oeuvre moins qualifiée que par le passé, furent ensuite répliquées le long du Clain par d'anciens contremaîtres (Moulin des Couindres, Moulin de la Glacière, Ets Pagé à Domine, etc...) puis à Thiers. En 1865, Turgan, chargé par Napoléon III de faire l'inventaire des industries de pointe en France et à travers le monde, classe, dans son livre "Les Grandes Usines", la Coutellerie du Prieuré aux cotés des Verres St Gobain, des Cristalleries Baccarat, des Aciers Krupp, etc...comme étant chacune la référence dans leur domaine (Voir lien ci-dessous). Après plusieurs successions complexes, la coutellerie, en difficulté pour avoir "manqué" le tournant de l'inox, est rachetée en 1939 par Maurice Rocher, industriel spécialisé dans la mécanique. La coutellerie s'éteindra peu à peu au profit de ce type activité. Dès 1939 M. Rocher, pour satisfaire aux besoins de l'armée française, fait raser une des ailes de la manufacture pour bâtir un bâtiment en béton, verre et acier de 20m par 56m. L'activité s'amplifiera sous occupation allemande. Après guerre M. Rocher est condamné et l'ensemble de ses usines est saisi et versé au domaine. Sept administrateurs provisoires se succèdent avant que l'on ne refasse appel en 1952 à M. Rocher. Celui-ci ne saura éviter la faillite de ses anciennes entreprises, vendues aux enchères par le domaine en 1958. Le site de la Coutellerie est racheté par M. Corbon. Celui-ci y maintiendra une activité de fabrication mécanique, puis simplement de maintenance. Lorsque le site ferme avec la disparition de M. Corbon au début des années 1980, il ne reste plus que 3 salariés, et la plupart des bâtiments est ruinée. Depuis lors et jusqu'en 2003, date de mon acquisition, le lieu, à l'abandon et livré au pillage disparaît sous la végétation, tant extérieure qu'intérieure… 

 

Historical background

 

Grain-mill and priory since Roman times (presence of grinding wheels from this period and rare sculpted stones form the Middle-Ages) it was repurchased in 1838 by the Mermilliod brothers to be converted into a cutlery works. This opened the era of modern "Châtelleraudaise" cutlery. This exemplary manufacturing was a cradle of inventions of major importance and won awards on the occasions of the big Paris and London universal exhibitions. These discoveries allowed for the industry's heavy mechanisation and the use of less qualified labour than needed in the past. This was then replicated by foremen all along the Clain ( Moulin des Couindres, Moulin de la Glacière, Ets Pagè à Domine, etc…) and then in Theirs. In 1865, Turgan was charged by Napoleon III to make an inventory of the different leading industries in France and the world, he compiled them in his work "Les Grandes Usines". La Coutellerie du Prieuré (knives), next to St Gobain (glass), Baccarat (cristal), Krupp (steel) etc… were each categorised as references in their areas (see link below). After multiple complex successions, the cutlery works, now in difficulty having "missed out" on the change to stainless steel, was purchased again in 1939 by Maurice Rocher, an industrialist specialising in mechanical engineering. The cutlery works disappeared little by little in favour of mechanical engineering. By 1939 M. Rocher demolished one wing of the factory and built a concrete, glass and steel building of 20 metres by 56 metres in order to satisfy the needs of the French Army. The activity increased under German occupation. After the war M. Rocher was sentenced and his whole factory complex seized and handed over to the estate. After the succession of seven provisional managers M. Rocher was called back in 1952. He was unable to avoid the bankruptcy of his old company, which was auctioned off by the estate. The site of the cutlery works was bought by M.Corbon who kept a mechanical engineering operation going, then simply maintenance work. When the site closed, on the death of M.Corbon at the beginning of the 1980's, there were only three employees left and most of the buildings were in ruins. Since then until 2003, the date when I bought it, the place, abandoned and open to looting, has disappeared under vegetation, outside and inside…

 

 

 

La Coutellerie est inscrite à l'inventaire général Mérimée des monuments industriels depuis 1991

 

Décrite dans Les Grandes Usines de Turgan (1865) : l'index alphabetique

 

Le texte intégral de Turgan sur la Coutellerie (nombreuses gravures) - Tome 4