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Sisyphus is a woman (Play it again Pam reloaded) - DO DISTURB, Palais de Tokyo - 8, 9 et 10 avril 2016

 

Cette performance traite de la place de la femme et des stéréotypes genrés dans nos sociétés post- modernes :

 

Cette thématique est pour moi un sujet central depuis des années. Dans cette proposition j’utilise la répétition (voir la ritournelle) comme moyen de dévoilement du fait sociétal.

 

Statement : dans nos sociétés occidentales en phase de marginalisation voire de clochardisation, le décalage est chaque jour plus criant entre un réel dévalué et une société du spectacle qui, à l’ère d’internet et du numérique a d’ores et déjà basculé corps et bien dans l’hyper réalité qu’annonçait Baudrillard. Tous différents et pourtant chaque jour un peu plus semblables, nous sommes à présent abreuvés en permanence d’images ciblant au plus près nos désirs de sexe et de sécurité pour mieux nous soumettre à la marchandise. Les mythes, les allégories, l’art lui-même à travers ses chefs-d’œuvre historiques, tout est convoqué pour mieux asservir chacun des rouages d’une société si bien atomisée que la conscience de classe en est petit à petit abolie au profit d’un individualisme au combien plus contrôlable, orientable, en un mot manipulable. Sur le plan individuel comme sur celui des anciens collectifs déliquescents, du village à la nation, de l’équipe à l’entreprise, chacun d’entre nous oscille entre peur et recherche d’un sommeil apaisant, entre défense et relâchement. Ainsi le personnage de Pamela Anderson me permet d’aborder les trois lignes de force qui structurent ma lecture du monde ainsi que mon travail, les trois fils d’Ariane qui relient chacune de mes œuvres : il me permet d’aborder cette dialectique d’une défense illusoire et d’un relâchement mortifère (ici surveillance de la baie, discipline physique et contrôle sur le corps, mais aussi épuisement, relâchement des chairs, etc.), mais aussi le thème de l’érotisation permanente de l’environnement (inutile de s’étendre dans cette série), et enfin la relecture d’allégories sous un angle marxiste (dans ce cas précis, plusieurs mythes peuvent être convoqués le plus évident étant celui de Sisyphe, l’analyse marxiste s’étendant ici à une problématique post coloniale, la femme restant, de manière particulièrement ostensible dans Bay Watch comme à travers le monde, le dernier continent à décoloniser).

 

Factuellement : il s’agit pour moi de faire rejouer « ad libitum » (comme on dit en chanson pour parler d’un répétition illimité d’une phrase ou d’un couplet, mais « ad nauseam » en réalité), à différentes personnes (en l’occurrence des acteurs des deux sexes qui seront choisi pour ne pas correspondre aux canons physiques attendus socialement) la performance déjà béta-testée sous forme de sample vidéo (avec le soutien de la DRAC Poitou-Charentes) sous le titre Play It Again Pam - Sisyphus is a woman. Ce titre fait référence à Pamela Anderson dans Bay Watch, mais également écho à l’air culte du film Casablanca, la chanson As time goes by introduite dans le film par la phrase «Play it again Sam» ; la répétition est ici un outil pour convoquer un état idéalisé du passé et de l’avenir. Mes Pamela de toutes tailles, âges, couleur, en perruque blonde et maillot de bain féminin «Bay watch», projettent à quelques mètres et ramènent à elles, par une ficelle et pendant des heures, en boucle, leur flotteur de sauvetage en vinyle gonflable. Les mines sont déconfites, les corps sont fatigués, mais ils continuent à se soumettre, à faire ce qui est attendu d’eux. La mer déchainée est remplacée métaphoriquement par le public, la difficulté pour les comédiens étant de parvenir à accomplir leur routine seuls parmi la foule, certains renonceront et se contenteront de traîner leur flotteur un ou deux mètres derrière eux comme un enfant promènerait un jouet à roulette. Certaines bouées se feront sans doute marcher dessus par le public, les comédiens traîneront alors des vestiges de bouées derrière eux, ce qui ajoutera encore du pathétique à la scène.